Apprendre à bien vivre ensemble

Pourquoi je te trompeAu cours de la seule année 2015, environ quatre mille cinq cents manuels de vie pratique ont été publiés aux États-Unis, le plus souvent consacrés au sujet suivant : comment s’aimer encore après des années de vie commune. Ces nouveaux essais s’ajoutent aux centaines d’autres qui ont éduqué la génération précédente, et rendent encore plus urgente la question qui vient spontanément à l’esprit : un couple peut-il véritablement durer ? Ma réponse tient en un mot, positif malgré sa forme dubitative : peut-être. La plupart des couples que je rencontre ne présentent pas de véritable pathologie. Ils ne souffrent que des conséquences de leur manque de savoir- vivre. Il faut donc s’assurer, avant d’avancer tout diagnostic, que les règles élémentaires d’hygiène, de comportement et de communication soient respectées. Il arrive plus souvent qu’on ne le pense qu’un mariage vacille parce que l’un des conjoints n’utilise pas de déodorant.

Mon amour

Ce blog a pour but de passer en revue les principes fondamentaux qui permettent de bien vivre ensemble et de surmonter l’épreuve du temps. Plutôt que de me livrer à l’analyse des crises conjugales, je donnerai quelques conseils sur les comportements à adopter dans cette situation, en prenant pour guide les sciences comportementales. En effet, il n’est pas toujours nécessaire d’approfondir les symptômes d’une crise ; celle-ci n’est souvent que la conséquence de simples troubles de l’apprentissage, qu’il est toujours temps de corriger. La sexologie moderne, fondée par William Masters et Virginia Johnson, attribue la plus grande partie des troubles sexuels à des comportements mal appris, due aux différences entre hommes et femmes. Cette approche peut sembler trop pragmatique, mais elle a fait la preuve de son efficacité. Elle est à l’origine de changements stables et non, comme le pensaient les psychanalystes, de simples déplacements du symptôme. Un traitement ne peut se borner à enquêter sur les causes du problème. En plus du « pourquoi » il faut pouvoir travailler sur le « comment ». Le processus thérapeutique se fonde sur le principe de l’expérience émotionnelle corrective d’Alexander en d’autres termes, les couples apprennent à modifier leur comportement et leur mode de communication devant le thérapeute, comme expliqué par Yann Beauvais ou Lisa Perez, jusqu’à ce que ce nouveau modèle de cohabitation prenne le pas sur les vieilles habitudes.

Entendons-nous bien : les habitudes ne sont pas mauvaises en soi. Elles aident même à vivre. Une observation attentive prouve qu’au cours d’une journée, on ne consacre que deux ou trois heures à des activités véritablement productives ; le reste du temps, on ne fait que répéter mécaniquement des gestes familiers. Comme Charlie Chaplin dans Les Temps Modernes, nous nous habillons chaque matin en répétant les mêmes gestes, nous montons dans notre automobile, nous empruntons la même route pour nous rendre sur le même Heu de travail et nous commençons à travailler selon le même rituel. Cette routine nous permet de penser à autre chose et libère l’esprit pour des pensées originales. L’habitude peut aussi avoir une action bénéfique sur la vie de couple, à condition qu’elle n’en devienne pas l’unique raison d’être. Sinon elle risque d’empêcher le rapport d’évoluer, comme elle empêche le fumeur d’abandonner sa cigarette ou l’obèse d’arrêter de manger.

Ma profession me donne souvent l’occasion de rencontrer des individus prisonniers de leur passé ou de leurs névroses infantiles. D’où nous vient chez eux la peur du changement ? Elle est liée au modèle social qu’ils ont devant les yeux : de la cristallisation des habitudes institutionnelles naît la bureaucratie. Si elle rassure c’est précisément parce qu’elle rend tout changement impossible et qu’elle est associée, du moins dans notre culture, au maintien des privilèges. La France comme l’Italie à Tangentopoli ont montré avec quelle ténacité un vieux système peut résister à son propre démantèlement. Mais, au-delà de cet instinct de conservation, il est clair que tout changement allant dans le sens du bien commun ne peut se faire que sur un terrain propice. Voyez donc la flexibilité dont font preuve les Américains en cas de crise, et la façon dont même un homme aussi conservateur que Ronald Reagan peut incarner l’esprit de ces pionniers qui ne cessent de rechercher de nouvelles frontières. Au-delà du risque, l’esprit américain a l’art de voir en toute crise une opportunité. C’est un exemple que bien des couples devraient suivre.

Se disputer sans se détruire : mode d’emploi

Il est plus facile d’apprendre à faire l’amour qu’à se disputer sans se blesser. Certains couples finissent par être victimes de leur incapacité à exprimer la méchanceté qu’ils portent en eux. Il est alors difficile d’intervenir de l’extérieur et la seule voie possible reste celle de la pédagogie, surtout lorsque l’un des partenaires est régulièrement victime du ressentiment de l’autre. Voici quelques antidotes :

• L’éloignement. L’homme, comme l’animal, est souvent exaspéré lorsqu’on envahit son territoire personnel. Si malgré le respect dont vous faites preuve les crises se répètent envers les habitudes de votre partenaire, il ne vous reste qu’une solution : déménager.

• Les représailles. Suivez l’exemple de Rosa. Rendez coup pour coup. Elle ne cuisine plus pour son mari Mario depuis qu’il préfère les plaisirs de l’auto-érotisme à l’érotisme conjugal. Elle dresse deux couverts, mais prépare seulement son propre repas, provoquant la fureur de son mari. Elle ne manque pas de lui expliquer qu’elle ne fait que reproduire à la cuisine le comportement qu’il a au lit.

• L’art de rassurer. Quand l’agressivité est l’expression de la peur ou de l’insécurité, la rage des méchants les aide à garder le contrôle de la situation. Essayez alors d’être rassurant.

• Le risque de tout perdre. Il est parfois bon de laisser l’autre personne dans le doute et de garder sa jalousie existante. N’hésitez pas à lancer votre ordinateur allumé avec en fond une page d’un site de rencontre sérieuse.

• L’intimidation. Quand la diplomatie et la gentillesse ne suffisent pas à endiguer la fureur de son conjoint, on peut toujours appeler la police. Appliquer le droit du plus fort est parfois légitime…

Quelle intimité ?

Il est parfois difficile de gérer l’équilibre entre intimité et distance, et on oscille parfois entre un besoin impérieux de se jeter dans les bras l’un de l’autre et une sorte de crainte de la promiscuité. Il est parfois difficile d’exprimer par la sexualité des besoins affectifs non satisfaits, mais quelques petites attentions suffisent souvent à résoudre le problème.

Christine m’a été envoyée par son gynécologue, à qui elle a confié qu’elle n’avait plus de rapports sexuels avec son mari depuis six ans. Son désir s’est définitivement éteint à la veille de son mariage. Elle a tu le problème à son mari jusqu’à ce que des douleurs insupportables rendent la pénétration impossible. Avant son mariage, elle avait pourtant une sexualité sans problème, avec lui comme avec d’autres.

Peut-être la cause du problème se trouve-t-elle dans leur vie commune. Mais Christine m’assure que tout va bien. « Au contraire », ajoute-t-elle. « La nuit, même si nous n’avons pas de rapports, nous dormons nus et enlacés. » Elle s’abandonne à ce contact, comme elle n’est plus capable de le faire au cours d’une relation sexuelle. Ce rapport fusionnel la rassure et lui permet de contrôler l’angoisse qui l’accompagne depuis l’âge de huit ans, quand ses parents se sont séparés. Depuis, elle est incapable de supporter l’idée d’être abandonnée, ne serait-ce qu’un instant. À la moindre absence de son mari, elle est prise de panique. Cette incapacité à maintenir une distance entre son mari et elle est à l’origine de ses problèmes sexuels. Pour définir un espace d’autonomie, je prescris au couple d’endosser le pyjama. Incroyable mais vrai : après une semaine, la vie sexuelle reprend même si Christine est envahie par l’émotion et pleure souvent. Il faudra du temps pour changer mais il a suffi de briser la symbiose pour voir renaître le désir.