Les erreurs de communication

metacommunication

La métacommunication traite de la forme, et non du contenu de la communication. Avant d’en donner une définition plus approfondie, arrêtons-nous sur deux questions propres au dialogue au sein du couple.

• Le temps de la parole et celui du silence. Parfois, il suffit d’une rencontre pour découvrir qui est l’élément dominant du couple. Ce n’est pas celui qui parle le plus. C’est celui qui règle le temps de la conversation. Lors de négociations en milieu hostile, celui qui détient le pouvoir reste souvent silencieux. J’ai pu observer à Genève que certains diplomates ont pour principe de faire parler ceux qui n’ont pas de pouvoir décisionnel lorsqu’ils veulent mettre en difficulté la partie adverse. Le silence appartient plus souvent à celui qui est sûr de lui qu’à celui qui est en difficulté. Souvenez- vous du film Le train sifflera trois fois. Le méchant, qui cherche à se faire passer pour ce qu’il n’est pas, crie et se démène comme un beau diable. Gary Cooper se tait, ses pistolets parlant pour lui.

• Les gestes involontaires. À propos de la communication non verbale, on peut vérifier la véracité des dires d’une personne en observant sa posture corporelle. Certains exercices de communication permettent de dévoiler les rapports de confiance et de pouvoir du couple, on peut par exemple reproduire des gestes non verbaux que l’on fait à la première rencontre, comme un touché léger ou un regard appuyé. Mais l’inconscient se lit toujours entre les lignes, comme le prouve l’analyse des vidéos des dialogues de couples.

• L’utilisation fréquente du « nous » ou du « on » par l’un des partenaires prouve sa volonté inconsciente d’impliquer l’autre en parlant pour lui. Le rôle du thérapeute est alors de définir les diverses responsabilités et de revendiquer pour chacun le droit de s’exprimer.

• Le « tu » sert souvent à mettre en cause la responsabilité de l’autre. Pour certains couples qui ont du mal à communiquer, ce rejet de la responsabilité sonne alors le glas de leur dialogue : « ça ne vaut même plus la peine d’en parler », peut-on les entendre dire. La formule « je pense que tu » a un tout autre effet. H ne s’agit plus de rejeter la faute sur l’autre, mais d’assumer la responsabilité de ce qui se dit.

• Il faut se garder de n’exprimer que des messages négatifs. D’aucuns signalent que trois messages « positifs » par jour permettent de supporter plus facilement d’éventuelles critiques.

Éclaircir les malentendus

Il est souvent difficile de comprendre la cause des crises conjugales, chaque partenaire opposant sa version des événements. Pour pallier cet inconvénient, il faut cesser de généraliser et se concentrer sur un événement concret, même futile, cause d’un récent désaccord.

Peut-on continuer à vivre ensemble quand on se dispute depuis quinze ans ? La réponse de Louise et Georges est positive. Au point d’abandonner les thérapeutes dès qu’ils leur proposent un moyen d’en sortir. Us préfèrent les taxer d’incompétence plutôt que d’admettre qu’ils ont des problèmes conjugaux. Leur rapport n’a rien de sadomasochiste, puisqu’ils partagent bien plus que leur seule pathologie. Une vie sexuelle active et la fréquence de leurs disputes attestent de la vitalité de leur rapport et de l’incapacité dans laquelle ils se trouvent de vivre une cohabitation moins tumultueuse.

Je leur demande de me raconter leur dernière dispute : s’apprêtant à faire l’amour, ils avaient à peine commencé à se caresser quand Georges s’est levé brusquement pour aller chercher un préservatif. Le premier moment de surprise passé, Louise s’est complètement refermée sur elle-même. Son excitation s’est transformée en irritation et la soirée s’est arrêtée là. Nous avons repris ensemble point par point le déroulement des événements. Lorsque nous arrivons au moment où Georges se lève brusquement, Louise me dit qu’un geste aussi soudain aurait mérité quelques mots. S’il lui avait demandé si elle désirait aussi en venir à la pénétration, elle se serait sentie impliquée, plutôt que surprise, exclue et enfin utilisée par un mari qui ne faisait que satisfaire son propre désir. Cet exercice a eu le mérite de les convaincre qu’on peut tirer profit de tout incident, aussi petit soit-il.

Dès la séance suivante ils me donnent la preuve de leur compréhension. Ils sont en effet parvenus à gérer un conflit qui, en temps normal, aurait dégénéré. Georges revenait du lycée où il enseigne après avoir discuté de son avenir professionnel avec le proviseur. Louise avait hâte d’en savon- plus sur cette journée importante, mais Georges, selon une vieille habitude, se refusait à entrer dans les détails. Ils étaient à deux doigts de se disputer. Se souvenant alors de mes conseils en matière de communication, Georges a donc fourni à Louise les précisions quelle attendait, et la crise fut évitée.

Une stratégie élémentaire peut ainsi effacer bien des malentendus, sauf si la dispute est le seul échange possible ou si le lien ne se fonde plus que sur un simple jeu de pouvoir.

Malgré son nom, Oscar est un médiocre amant. Le couple qu’il forme avec Josette est un véritable cas d’école. Aucun des deux n’est en mesure d’aider l’autre à sortir du précipice dans lequel chacun est tombé. Plus il s’humilie, plus elle le provoque, ne faisant que renforcer l’idée qu’il se fait des femmes : ce sont des êtres insupportables, envahissants même au lit. H lui oppose toujours de nouvelles excuses pour ne pas remplir son devoir conjugal : l’intérêt d’une émission de télévision, le stress professionnel, de continuelles migraines… Josette décide alors de passer à la phase des représailles. Elle critique son mari en toutes circonstances, le criblant en société de petites phrases sibyllines. La règle veut qu’en ces circonstances, l’un des deux conjoints, souvent celui qui détient le pouvoir, fasse ses valises et s’en aille. Mais Oscar n’entend pas abandonner une maison qui lui appartient, et Josette n’a ni les moyens financiers ni l’autonomie nécessaires pour pouvoir refaire sa vie. De plus, ils ont deux enfants. Il est déjà étonnant quelle soit parvenue, malgré toute la rancœur accumulée, à le convaincre de rencontrer un thérapeute.

Comme ils s’adressaient l’un à l’autre sans le moindre égard, mon rôle fut celui d’un médiateur. Nous avons filmé l’un de leurs dialogues et nous l’avons regardé ensemble. Prenant conscience de la spirale qui les conduisait tous deux à s’enfoncer dans l’incompréhension, Oscar a, pour la première fois, fait preuve de courage en exprimant la cause de sa gêne : il était paralysé par l’idée de devoir fournir des prestations sexuelles alors que le désir, donc l’érection, lui faisait défaut. C’est de cette franchise qu’est née l’idée suivante : de leur vie sexuelle la pénétration serait momentanément exclue. Cette proposition fut accueillie favorablement par Oscar qui en fut tranquillisé. Josette, en revanche, était troublée. Pour elle le sexe se résumait à la pénétration. Il fallut clarifier ce nouveau malentendu avant de se livrer à l’examen de leur sexualité, selon la dialectique de l’activité et de la passivité. Oscar a confessé que, contrairement aux autres hommes, il se sentirait libéré s’il pouvait satisfaire sa femme sans qu’elle se sente obligée de le satisfaire. Ce n’est pas sans une certaine réticence que Josette a accepté l’idée de se plier à cette exigence.

Les résultats ne se sont pas fait attendre. Dès le rendez- vous suivant, leur attitude corporelle était changée. Oscar était capable de satisfaire sa femme par des caresses et son estime personnelle en sortait renforcée. Josette avait su le remercier par une habileté érotique que je ne lui soupçonnais pas. Leur rapport entrait dans une spirale ascendante en se fondant sur la plus évidente des règles de la vie conjugale, qui veut qu’on rassure l’élément le plus vulnérable du couple.

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